Arts Sciences & Landscape

ETHNOLOGY

 Art & science a l'épreuve du paysage / Art & science to the test of landscape
 
"La question des relations qu'entretiennent l'art et la science se pose de façon singulière dès que l'on s'intéresse au paysage. Ce dernier étant un objet hybride, fait de nature et de culture …/… loin d'en appeler à une simple articulation de l'art et de la science, ou au dépassement de cette opposition …/… le paysage nous met au défi de repenser l'organisation des sciences relatives au paysage et, au-delà, la configuration des champs du savoir héritée du XIXe siècle." [Catherine Chomarat-Ruiz (2010): projetsdepaysage] Quelques éléments de réflexion partagée ci-dessous, à propos des paysages de la villégiature touristique revisités par l'art contemporain à l'heure de la mondialisation.
 
SOMMAIRE
INTRODUCTION
1. GENESE
2. DECADENCE
3. REVIVAL
 
INTRODUCTION
Les rapports complexes qu’entretiennent les arts et les sciences apparaissent plus particulièrement dans la genèse des paysages "exotisants" qui ont envahi notre quotidien. Leur histoire est en effet au confluent de la peinture antiquisante de la Renaissance (ainsi que de sous genres picturaux comme la peinture orientaliste, l’aquarelle, l’affiche ou encore la carte postale) et des premiers développements des sciences modernes (notamment la botanique, la géographie et l’ethnologie, sous l’impact des grands voyages d’exploration et par la suite du colonialisme).
Ill. Camera Obscura. Kircher's Ars Magna Lucis Et Umbrae (1645). En savoir plus: http://www.widewalls.ch/making-camera-obscura-history-vermeer/

"PALM-ART & MONDIALISATION" : RETROSPECTIVEE COMMENTEE
L’exotisme paysager prend forme au 19° siècle, dans le cadre de la villégiature touristique azuréenne et de ses jardins d’agrément. Ces jardins présentent alors une variété relativement importante de plantes, dont la promotion des premières stations nous a laissé un inventaire documenté (et que plusieurs jardins botaniques ont maintenu jusqu’à nos jours). C’est après la seconde guerre mondiale que ces paysages se standardisent, avec l’émergence de la villégiature américaine, sur fonds de néo-colonialisme et de naissance de la société des loisirs.
Illustration: Léon Fauret Musée Jean Moulin
En savoir plus: De Miami à Los Angeles, en passant par les scènes artistiques de Paris et de la Riviera franco-italienne, cette rétrospective commentée traite du palmier comme emblème et victime de la mondialisation dans l’art contemporain. Elle a été réalisée en collaboration avec la Galerie Bugada & Gargnel

POURQUOI TANT DE PALMIERS DANS L’ART ?
Comme l’écrivait récemment l’historien de l’art Jean-Max Colard "kitsch à Miami, exotique à Cannes où il donne à la Croisette un faux air d’Hollywood, signe d’une uniformisation croissante du paysage urbain et du climat réchauffé de la planète, le palmier se trouve aujourd’hui déplacé, transplanté en tous sens: dénaturé. S’il fut porteur d’un rêve d’évasion moderne, il paraît aujourd’hui entaché de colonialisme. Crevant sur place [attaqué par le Rhynchophorus ferrugineus, un ravageur introduit par un commerce dérégulé], il est une victime anodine, une figure agonisante de la globalisation."
Ill. Glen Rubsamen : Rhynchophorus ferrugineus 2013

En savoir plus: Dans le champ de l'art, c'est la saison des palmiers… Ces œuvres renvoient, dans leur forme, à la manière dont Edward Ruscha photographia dans les années 60 les parkings et les stations-service de l’Amérique, et en 1971 les paysages de Sunset Strip avec "A Few Palm Trees. Quelques exemples:
*Exotourisme : en mai dernier (2011), dans l’expo Paris-Delhi-Bombay au Centre Pompidou, deux séries de Polaroid signées Cyprien Gaillard montraient des détails de palmiers sur fond d’architecture moderniste (Indian Palm Study, 2011).
*Transplantation : à Venise en juin, le même artiste montrait une vidéo tournée à Chypre documentant le trajet d’un palmier déplanté et replanté sur le toit d’un bâtiment, telle une sculpture posée sur son socle.
*Uniformisation : autre série, celle du lauréat du Prix Ricard, Adrien Missika, s’intitule A Dying Generation et montre en noir et blanc une suite conceptuelle de maigres palmiers, les premiers plantés à Los Angeles dans les années 30, en plein boom d’Hollywood.
*Retour d'utopie, enfin : si on en voyait encore cet été dans l'expo Dystopia au CAPC de Bordeaux (cf. le film Slow Action de Ben Rivers), on en trouvait aussi cet automne à La Salle de bains, à Lyon, dans l'expo du Californien Glen Rubsamen qui peint et photographie depuis des années des palmiers en ville. Mais ici les siens sont malades, ils se meurent dans Rome comme des ruines, victimes d'un insecte ravageur venu d'Asie, passé par l'Afrique avant d'infiltrer l'Europe au gré des échanges internationaux."
 
1. GENESE
UN EXOTISME DE PACOTILLE: SIGMAR POLKE, DAS PALMEN BILD
"Icône de la période pop de l’artiste, ce tableau en résume les caractéristiques : un tissu à rayures remplaçant de manière iconoclaste la classique toile blanche, et son motif peint, deux palmiers émergeant d’une dune, symbole d’un exotisme de pacotille. Pied de nez adressé aux tenants de la peinture sérieuse, il l’est aussi à la société des loisirs naissante." Une société où les paysages de palmiers vont accompagner les nouvelles destinations du tourisme de masse.

Ill. 1964 Museum Ludwig – Köln
En savoir plus : THE ESTATE OF SIGMAR POLKE/SIAE, ROMA 2016/ADAGP, PARIS 2016. Au Palazzo Grassi à Venise, la Fondation Pinault présente la première rétrospective en Italie consacrée à Sigmar Polke (1941-2010) – qui remporta le Lion d’or à la Biennale, il y a trente ans, pour son installation Athanor représentant le pavillon de la République Fédérale d’Allemagne. Sa fascination pour l’occulte, l’alchimie et les instruments de mesure, son goût pour l’expérimentation sur la matière picturale, ses références au monde contemporain et à l’histoire antique l’ont mené à bouleverser les genres, les styles et les catégories de l’art contemporain. A travers 95 œuvres (dont seize de la Fondation Pinault), cette exposition présente les thématiques et les cycles les plus importants qui ont jalonné son parcours artistique, et rend compte de ses recherches les plus novatrices: lemonde.fr/arts/portfolio
 
LOS ANGELES 1. DAVID HOCKNEY (1960/70): PALMS & SWIMMING POOLS
Chez David Hockney, les palmiers prennent place pour l’essentiel dans la série des piscines des villas californiennes réalisée dans les années 60 et 70. Dans ces œuvres, Hockney s’attache déjà à maitriser les codes de la photographie. "Je suis persuadé que la photographie nous a causé du tort. Elle nous a conduits à regarder le monde d’une seule et même façon, plutôt ennuyeuse. […] Nous vivons à une époque où une grande quantité des images réalisées n’ont pas pour ambition d’être considérées comme des œuvres d’art. Leurs auteurs revendiquent quelque chose de beaucoup plus douteux : ils disent qu’elles sont la réalité."
En savoir plus.
*La Tate Gallery a mis en ligne une biographie de l’artiste avec une centaine de reproductions de ses œuvres: http://www.tate.org.uk/art/artists/david-hockney-1293
*On peut aussi trouver ici une sélection de ses paysages de piscines:  https://limagesurlemur.wordpress.com/2013/04/14/les-piscines-de-david-hockney-californian-swimming-pools/
*Ce commentaire de la récente exposition que lui a consacré le Centre Pompidou aborde plus particulièrement ses rapports à la photographie: http://cheese.konbini.com/photos/les-polaroid-de-david-hockney-exposes-au-centre-pompidou/

LOS ANGELES 2. EDWARD RUSCHA, 1971 : A FEW PALM TREES
C’est au tournant des années 70, que le plasticien Ed Ruscha s’attache à individualiser les éléments végétaux qui composent les nouveaux paysages californiens."The subjects catalogued in 'Colored people' and 'A few palm trees' are natural forms; cacti and palm trees respectively. In both cases, these forms are divorced and detached from their environment. Each cactus and palm tree is uprooted and groundless, floating in the white expanse of the page. Within this context they have been reduced to an aesthetic category."
Ill. Edward Ruscha, Contact Sheet, 1971. Gelatin silver print, tracing paper and crayon. Sheet: 10 x 8 1/16 in. Other (Tracing paper overlay): 9 ¾ x 8 3/16 in. (Whitney Museum of American Art, New York)

More (+)
Working across a variety of mediums including painting, photography and film, American artist Ed Ruscha played a formative role in the development of Pop and Conceptual art. His series of 16 photographic books produced between 1963 and 1978 extended the concerns of the Pop movement, mining the everyday landscape of capitalist America…/…
Ref : Edward  Ruscha, 1971, A Few Palm Trees le long de Sunset Strip. Edition Hollywood / Etats-Unis, Heavy Industry Publications [64] p. ; ill. ; 18 cm
Free access: artgallery.nsw
 
LOS ANGELES 3. ADRIEN MISSIKA, 2011: A DYING GENERATION
La série intitulée "A Dying Generation" montre une typologie de palmiers photographiés en noir et blanc, les premiers plantés à Los Angeles dans les années 30, en plein boom d'Hollywood. D'une durée de vie d'environ 70 à 80 ans, ils sont en train de disparaître, et avec eux, tout le symbole d'une génération dorée et de l'imagerie qui va avec. Ed RUSCHA les avait également photographiés au moment de leur apogée en 1971, et publiés dans "A Few Palm Trees".
Ill. 2011 (Photo Marc Domage/Fondation d’entreprise Ricard)
En savoir plus. Le travail d'Adrien Missika défie, -autant qu'il joue avec- le vocabulaire publicitaire et les systèmes visuels développés par l'industrie du voyage. La publicité se nourrit de fétiches et de totems encourageant les perceptions exotiques et réduisant ce si convoité inconnu à un certain nombre de signes intemporels tels que les palmiers, les vagues, le soleil, faisant de ces signes une cosmogonie caricaturale, partielle, voire populiste. Le travail d'Adrien MISSIKA est à trouver au point de rencontre -et de rupture- entre l'expérience du voyage et les représentations de l'exotisme, à la croisée de l'iconographie publicitaire et de l'investissement subjectif. Au travers d'un vaste champ de médiums, de la photographie à la vidéo, de la sculpture à l'installation, l'artiste enregistre ses explorations lors de ses voyages aux quatre coins du monde: bugadacargnel.com
 
2. DECADENCE
GLEN RUBSAMEN, ROMA, 2014 : QUAND LA NATURE S’EN MELE (UNE ESTHETIQUE SOUSTRACTIVE)
Intitulé Rhynchophorus ferrugineus le livre récent de Glen Rubsamen & Caroline Soyez-Petithomme est une extension de son corpus d'œuvres photographiques. Il évoque ce ravageur des palmiers, plus connu sous le nom de Red Palm Weevil ou charançon rouge (punteruolo rosso en Italie), un insecte d'origine asiatique qui s'est déplacé rapidement vers l'ouest au cours du siècle dernier, aidé par la technologie et le globalisme. Un retour en force de la nature qui annonce la longue décadence à venir de nos paysages.
Illustration Glen Rubsamen : The lost world
En savoir plus sur Glen Rubsamen. L'arrivée du charançon dans le sud de l'Europe a dévasté les palmiers autour de la Méditerranée, un développement que Rubsamen décrit comme un cas de «mondialisation du colonialisme alimentaire», car beaucoup de palmiers touchés ont été plantés au cours du siècle dernier pour des raisons touristiques et politiques. Rubsamen représente un processus par lequel les éléments romantiques disparaissent dans le changement de paysage, une sorte d’événement esthétique soustractif. Published by Osmos, United Kingdom (2013)
Site web officiel http://glenrubsamen.com/
Dall'arte concettuale alle foto delle palme devestate dal punteruolo La Repubblica, Naples, Feb 16, 2012 http://ricerca.repubblica.it/repubblica/archivio/repubblica/2012/02/16/weiner-rubsamen-dallarte-concettuale-alle-foto-delle.html
 
CYPRIEN GAILLARD, 2011 : INDIAN PALM STUDY (UNE ESTHETIQUE DE LA RUINE)
Dans cette exposition du Centre Pompidou, intitulée Paris-Delhi-Bombay, Cyprien Gaillard montrait deux séries de Polaroid avec des détails de palmiers sur fond d’architecture moderniste. "Cyprien Gaillard représente l’architecture contemporaine comme une ruine moderne sur le point d’être envahie par la nature. En cela, il applique métaphoriquement le précepte de Denis DIDEROT selon lequel «Il faut ruiner un palais pour en faire un objet d’intérêt.», comme le peintre ruiniste Hubert ROBERT le fit avec le Louvre au XVIIIème siècle…/…"
En savoir plus.
*Lire la suite de cet article très documenté sur l’œuvre de l'artiste et son rapport à l’esthétique romantique des jardins : https://www.thisissocontemporary.fr/cyprien-gaillard/
*Entre iconoclasme et esthétique minimale, romantisme et Land Art, le travail de Cyprien GAILLARD (né à Paris en 1980, vit et travaille à Berlin) interroge la trace de l'homme dans la nature et face au passage du temps. À travers ses sculptures, peintures, gravures, photographies, vidéos et performances, mais aussi d'importantes installations et interventions dans l'espace public, Cyprien GAILLARD s'est imposé comme une figure majeure de la scène artistique internationale émergente. Avec les Real Remnants of Fictive Wars (2003-2008), performances de Land Art, documentées en vidéos et photographies, l'artiste déclenche des extincteurs industriels dans des paysages soigneusement choisis, comme par exemple l'iconique Spiral Jetty de Robert SMITHSON, produisant un nuage aussi vaporeux que menaçant qui souligne la beauté des lieux tout en les vandalisant: https://www.bugadacargnel.com/fr/artists/6564-cyprien-gaillard
 
EVAN HOLLOWAY, 2015 : PLANTS AND LAMPS (LOS ANGELES & THE PARADOX OF NEOLIBERALISM)
The bizarre botanical history of palm trees in Los Angeles is hardly a secret. In 1931, an ornamental planting frenzy introduced more than 25,000 imported tropical trees to the Southern California landscape. LA resident Evan Holloway presents the charm of the palm as both alluring and fake. His Plants and Lamps (2015), a sculptural installation carried connotations of a distorted Californian ideology – the paradox of neoliberalism that begs for biodiversity and sustainability, yet feeds from an artificial, polluting light.
Illustration : Evan HollowaySteel, cardboard, aqua-resin, epoxy resin, fiberglass, sandbags, CelluClay, and paint, 89 x 82 x 38 inches (installation variable). Photograph by Lee Thompson. Courtesy of David Kordansky Gallery.
More (+) : Most of these alien species became ubiquitous almost overnight, and are now the region’s most cliché icons, instantly associated with good times, good weather, and vacation vibes. A palm tree is the ultimate in easy aesthetics: pretty, finely shaped, and exotic …/… The irresistible illusionism of LA’s palms has kept them in fashion for decades, with appearances in Art Deco posters, David Hockney’s paintings, to Kahlil Joseph’s film, Double Conscience (2014), presented at MOCA last year. For many artists who have lived, worked or passed through the city, the palm cliché inevitably finds a way into their work, ensuring preservation in the public subconscious. The more something is repeated, the safer it is to copy it. Ed Ruscha’s iconoclastic 1971 photo book, A Few Palm Trees, uprooted the urban palm once again, planting them into the contemporary art’s intellectual and visual discourse. His deadpan document of the varieties of trees found across the Los Angeles landscape, is, as Joan Didion put it in her catalog essay for his show at the 2005 Venice Biennale, a distillation: “the thing compressed to its most pure essence.” http://sfaq.us/2017/02/an-essay-on-los-angeles-cliche-and-palm-trees/
 
LAURENT PERBOS, FLORIDE, 2016 : MIAMI & LES PALMIERS DE JARDILAND.
"Le titre Floride se réfère à l’iconographie d’un univers en technicolor, un théâtre aux décors de carton pâte, un monde de faux semblant où les marbres sont devenus plâtres, les pierres précieuses du plastique et le jardin des Hespérides des plantes vertes de chez Jardiland. C’est bien la déchéance d’un monde avili par la contemporanéité que Floride évoque. Une sorte de tragédie grecque où la dramaturgie sonne faux… Une nouvelle beauté contemporaine, qu’il vaut mieux ne pas déplorer mais plutôt apprendre à regarder."
Illustration : matériaux divers. Hauteur de 4 à 6 mètres © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, LA LITTORALE # 6 (Biennale d’Anglet).
En savoir plus. La sculpture Floride poursuit la série des œuvres figurant des choses « naturelles » (arbres, feu, rochers, etc) conçues par l’assemblage de matériaux totalement "artificiels". Ici l'accent est mis sur les propriétés et les composantes plastiques des objets familiers, leur charge poétique, leur potentiel de représentation. Un ensemble d’étais de chantier, de frites de piscine et de bouées de pare-battage s’organise pour former des palmiers artificiels, le tout accentué par une charte de couleurs pop, acidulées, qui nous rappellent celles utilisées dans l’industrie du jouet.
 
MERYL PATAKY'S TRAVELING PALM TREE PROJECT 2014: NEON PALM TREES (MIAMI USA)
"Neon palm trees and Miami go together like a fine wine and a good cigar, so it's fitting that Meryl Pataky teamed up with Perrier to present "Played Out" – a neon palm tree installation for Art Basel. While twenty sculptures in various combinations of vibrant hues were on display for the contemporary art fair, one battery powered palm tree traveled the streets (and beaches) of the metropolitan city. The project, aptly titled "Traveling Palm Tree", created a lot of buzz among art lovers and Miamians alike during its tour."
Illustration : "Played Out" – a neon palm tree installation Art Basel 2014
More (+). Check out the adventures of the neon palm tree below with images courtesy of Brock Brake at ART LYFE SF.  http://www.platinumcheese.com/news/12/19/meryl-patakys-traveling-palm-tree-project